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 RICHARD BURTON

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liliane
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liliane


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RICHARD BURTON Empty
MessageSujet: RICHARD BURTON   RICHARD BURTON Icon_minitimeSam 31 Oct - 6:32

Riche à millions, fou de Liz Taylor, l’acteur a écrit son Journal intime, enfin publié chez Séguier. Alcools forts et vitriol.
Eric Neuhoff

Ça déménage. Quel couple ! On n’imagine pas aujourd’hui. Liz Taylor et Richard Burton avaient sans cesse droit à la une des magazines du monde entier. Ils soulevaient un petit doigt et la presse internationale était en émoi. Il lui offrait des diamants. Elle le traitait de tous les noms. Les insultes volaient dans des suites de palaces. Toute sa vie, Richard Burton (1925-1984), qui était loin d’être un idiot, a tenu son journal intime. Le volume traduit en français se concentre sur les années 1965-1971. Il s’agit d’une révélation. Pourquoi avoir attendu tout ce temps pour publier ce volcan en caractères d’imprimerie ? C’est déjà Noël.

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Le matin, gueule de bois ou pas, Burton tape sur sa machine. Dans la chambre à côté, Liz dort encore. Au fil des pages, on découvre un homme qui ne songe qu’à la littérature. Burton est un lecteur compulsif. Où qu’il soit, il se précipite dans les librairies, achète des tonnes de volumes. Le voici plongé dans les poèmes d’Auden, Ma chienne Tulip, Gibbon. C’est du costaud. Son goût pour les biographies ne se dément pas (Dylan Thomas, de Gaulle, Heming­way). Il a un faible pour les polars de John D. MacDonald, est moins emballé par Japrisot. Liz ne semble pas partager le même hobby. Il est sidéré lorsqu’il la voit ouvrir un roman d’Iris Murdoch. Entre eux, les disputes sont fréquentes. Elles font circuler le sang, ravivent les sentiments.


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« Je ne mens jamais quand j’écris »

La première phrase, le 1er janvier 1965, donne le ton : « Lendemain de soûlographie ». Les brumes de l’alcool n’em­pêchent pas l’auteur d’avoir un œil acéré. Il éprouve un mépris constant pour le cinéma, n’en revient pas de toucher un million de dollars par film. Son comptable l’informe qu’« à nous deux, nous générions l’activité écono­mique d’un petit État africain ». Les dépenses sont somptuaires. Ce fils de mineur sait que, même s’il arrête de travailler, sa famille sera à l’abri du besoin.
Taylor est le pivot de son exis­tence. Son amour pour elle saute aux yeux. « J’aimerais la con­naître assez pour lui dire combien la vie est excitante avec elle. » Parfois, elle ajoute ses commentaires au récit de son compagnon. Il l’affuble de divers surnoms, Gamine, Brut, Cantank, Booby, Sheba. Ils tournent Qui a peur de Virginia Woolf ?, Le Chevalier des sables. Evelyn Waugh est l’écrivain auquel il voudrait ressembler. L’humour parsème ces notes. « Je ne mens jamais quand j’écris. Honnêtement. Bien que je ne sois pas sûr de ça ! » Elle lui fait cadeau d’une Toronado Oldsmobile pour son anniversaire. Une autre fois ça sera un manteau de vison. Leur célébrité les encombre. Rien ne l’étonne. Une admiratrice lui demande de signer un autographe sur son derrière. Il y en a une qui l’appelle « Monsieur Taylor ». « Je me sens aussi gêné de voir un personnage public que d’en être un ».

Il reçoit des scénarios. « Mon Dieu, ce qu’on peut lire comme âneries ! » Les menus sont examinés à la loupe, la consommation de breuvages déclinée avec une rigueur scientifique. Évidemment, certains souvenirs sont un peu flous. « Plus tard je suis devenu très saoul et j’ai beaucoup hurlé. Je ne sais plus à quel propos. » Il consigne les variations de son poids, n’hésite pas à parler des hémorroïdes de Liz, fume cinquante cigarettes par jour. Il devine qu’il ne fera pas de vieux os. Les mondanités sont monnaie courante. Dîner chez les Windsor (« Deux minuscules figurines comme Toto et Nanette qu’on pose sur la cheminée. Ébréchées sur les bords »). Ne pas oublier le mariage Jackie Onassis. Les Rothschild ont leurs faveurs. Acheter le jet dans lequel ils ont voyagé la veille n’est pas au-dessus de ses moyens. Un yacht avec aux murs un Monet, un Picasso, un Van Gogh ? Pas de problème. Liz a envie d’une bague Cartier à 110 000 dollars, c’est chose faite. (« J’ai réussi à obtenir ce satané caillou »). Un diamant Krupp de 33,19 carats ? Il s’agit d’une bagatelle. Avec ça, une tête bien sur les épaules, un appétit de savoir, une grande curiosité. On lui propose d’enseigner à Oxford. Expliquera-t-il aux étudiants qu’on ne peut jouer Hamlet qu’ivre mort ? Pronostic : « Je mourrai de boisson et de maquillage. »

La honte d’être acteur

Ces gens-là ne mènent pas une existence commune. Le cuisinier qu’ils ont renvoyé kidnappe leur chien. Un éditeur fait miroiter à Burton un million de dollars rien que pour publier un mois de son journal. Un journaliste l’interroge. « Ne peut-il pas comprendre ce qu’il y a d’indigne et d’ennuyeux à devoir apprendre le texte d’un autre homme, qui neuf fois sur dix est insipide, quand on a quarante-trois ans, qu’on est tout de même assez cultivé, et qu’on se traîne chaque jour au boulot en jetant en arrière un long regard de regret vers le livre auquel on s’intéresse et qu’on est obligé d’abandonner ? ». Ce faux paresseux s’inquiète. Et si Liz partait avant lui ? « Je crois que je me transformerais en pneu de bus et que je passerais l’éternité à rouler sur des pieds innocents ». Il rencontre Tito qu’il doit incarner à l’écran. Il sera aussi Trotski pour Joseph Losey. Le projet sur Mussolini tombe à l’eau. Cela faisait beaucoup d’hommes politiques. Burton se rabattra sur Barbe-Bleue, ce qui est plus reposant. Ses formules font mouche. Voici Brando et son « dynamisme léthargique ». John Huston ? « Un simplet. Mais il se prend pour un génie. » La nouvelle épouse de Rex Harrison est « laide de débauche ». Sa partenaire Geneviève Bujold n’est pas épargnée. « Vulgaire, nulle et ambitieuse. Trois qualités que je déteste. » Il essaie d’apprendre l’espagnol, se fiche de ses prestations dans Le Cinquième Commando, envisage de se lancer dans un Don Quichotte. En 1970, il est nommé aux Oscars. « Enfin bon, j’ai encore perdu, et suis maintenant l’acteur qui a le plus de nominations à l’Oscar sans jamais en avoir gagné un. » La statuette ira à John Wayne. « Il est arrivé plus tard, lui aussi complètement saoul, mais très affable dans son genre grossier. » On croise Sinatra, que Bogart humilie au cours d’une soirée. Grosse tristesse de Liz à la mort de Montgomery Clift. Burton bâille à MASH, trouve Redford « d’une banalité décevante » dans Butch Cassidy, feuillette distraitement une biographie qui lui est consacrée (« Le seul effet de ce livre sur moi, c’est de me décider quelque peu à écrire ma propre histoire un de ces jours »).


Le Gallois qui a toujours eu honte d’être acteur lit Les Fleurs du mal à Rome, attaque La Recherche du temps perdu, goûte au beaujolais nouveau (« Bien que ce vin semble inoffensif, il ne l’est pas. Je suis dans un état épouvantable ce matin »). Le bal Proust à Ferrières en 1971 constitue un morceau de bravoure. On se croirait dans La Party de Blake Edwards version gratin. Il neige sur le parc. Guy de Rothschild a une fausse moustache. Grace de Monaco est très en forme. Liz éclipse toutes les dames présentes. Le dîner commence en retard. En face de lui, il y a un type bizarre. « Il ressemblait à un cadavre quand il ne bougeait pas et a un essai raté de chirurgie esthétique quand il bougeait, ce qui arrivait assez rarement. » Tel était Andy Warhol. Dans la nuit, un jeune homme courait après Burton : François-Marie Banier promet de lui déposer son deuxième roman au Ritz le lendemain. On ne reverra plus jamais ça. Le pavé s’achève là, à l’aube.

Un comédien fourbu et génial, en smoking froissé et nœud papillon défait, observe le jour se lever. Il soupire, se redresse et retourne dans sa chambre rédiger quelques lignes sur ce qui venait de se passer. « Ce journal n’était écrit que pour moi. » Heureusement que ça n’était pas vrai.


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